Recensione
Christine Fauvet-Mycia, Le Figaro, 24/06/2011

Intervista di Antonio Gibelli al quotidiano francese "Le Figaro"

Professeur d'histoire contemporaine à l'université de Gênes, Antonio Gibelli revient sur les signes qui annoncent la fin d'un système politique qu'il décrypte avec finesse dans Berlusconi ou la démocratie autoritaire (Ed. Belin).

Gibelli : "Les Italiens sortent de l'illusion berlusconienne"

LE FIGARO. - Comment expliquez-vous cette succession de revers pour Silvio Berlusconi?

Antonio GIBELLI. - La crise économique a mis fin aux illusions de nombreuses catégories sociales, particulièrement les jeunes confrontés à un chômage qui touche presque 30% d'entre eux. Une succession de scandales a entaché l'image du leader. Il est apparu vieilli, obsédé par l'amour de soi et ses problèmes personnels. Aucune de ses promesses les plus importantes, à commencer par la réduction de la pression fiscale, n'a été tenue, alors qu'il est au pouvoir depuis dix ans. Son message a perdu de sa force, il est devenu lassant, répétitif. Le magicien ne parvient plus à envoûter son public et de nombreux Italiens lui ont tourné le dos. L'action de la société civile a-t-elle été déterminante?

Malgré la grande efficacité de la machine à conditionner berlusconienne, cet énorme pouvoir de persuasion, de corruption et de mystification, cette habileté à interpréter les humeurs dominantes, la société italienne ne s'est pas laissé complètement anesthésier. Dans la magistrature, les institutions, le monde de la culture et même les médias, les résistances n'ont jamais manqué. Tout au long de ces deux dernières années, elles se sont même accentuées et ont creusé une brèche: de grands rassemblements de femmes réclamant le respect de leur dignité face aux comportements machistes du président du Conseil; l'anniversaire de l'unité italienne célébré avec conviction par une majorité d'Italiens qui ont signifié leur refus d'une privatisation de la nation et de son éclatement, espéré par la Ligue du Nord; la mobilisation des jeunes qui ont utilisé le Web pour opposer l'ironie et la satire à la vulgarité et parfois à la violence de l'entourage du Cavalier lombard. Aujourd'hui, l'édifice berlusconien révèle son caractère artificiel et dépassé.

Pensez-vous que la gauche soit prête?

L'opposition de centre gauche reste faible. Elle n'a pas encore un programme clair ni un leader indiscutable. Mais elle pèse davantage et sa capacité à rassembler les différents courants d'une société en train de changer s'est accrue. Les derniers sondages montrent que la principale formation de l'opposition, le Parti démocrate, réunit un consensus plus large que le Peuple de la liberté de Berlusconi. Il est aujourd'hui le premier parti politique italien. Jusqu'à présent, on avait coutume de dire que l'absence d'une opposition forte et adaptée prolongeait l'emprise de Berlusconi. Aujourd'hui, on peut dire a contrario que la décomposition du système de pouvoir berlusconien -qui se mesure aux multiples divisions au sein de la droite et de son propre parti, mais aussi à la paralysie de l'action gouvernementale-, propulse en avant l'opposition, malgré ses insuffisances. Vous écrivez que le prix à payer pour s'affranchir du berlusconisme risque d'être élevé. La société italienne va-t-elle franchir le pas?

Les Italiens ont cru en Berlusconi, ils ont cru qu'il pouvait résoudre leurs problèmes, ils se sont plu à s'identifier à cet homme qui s'était fait tout seul et a pu tout se permettre. Ils ont eu du mal à se libérer de cette illusion, mais ils ont fini par le faire, comme le montrent les résultats sans équivoque du récent référendum. Tout le monde comprend qu'une époque est terminée, bien qu'il soit très difficile de prévoir combien de temps encore va durer l'agonie et ce qui va suivre. La fin de Berlusconi signifiera la fin du parti qu'il a créé en 1994, la fin de ce rassemblement des droites qu'il a promu et dont il ne reste plus que l'alliance avec la Ligue. Autrement dit, c'est tout un système politique qui est en crise. Reconstruire un nouveau modèle politique et sortir le pays de la stagnation économique ne sera pas facile, mais il n'y a pas le choix et les Italiens l'ont compris.